Nº 5 2011 > News

Le large bande et l'’économie

Croissance, productivité et emploi

Le large bande et l'’économieLe large bande et l'’économie

Le présent article examine l’impact économique du large bande et, plus particulièrement, son incidence sur l’emploi. Il est suivi de deux autres articles, qui étudient de plus près les conséquences que les investissements 
dans le large bande pourraient avoir sur les deux 
grandes puissances économiques que sont l’Allemagne et les Etats-Unis.

Les investissements dans le large bande se sont multipliés dans le monde. Rien qu’aux Etats-Unis, les sociétés de télécommunication et les exploitants de télévision par câble ont investi plus de 97,7 milliards USD dans le déploiement du large bande entre 2004 et 2010. Depuis 2009, les entreprises chinoises ont investi 7,44 milliards USD dans le large bande et les opérateurs malaisiens 1,6 milliard USD, et il existe bien d’autres exemples d’investissement.

Plusieurs pays développés encouragent le déploiement du large bande dans le cadre de leurs plans de relance économique, tant pour garantir la mise en place de ces réseaux coûteux que pour stimuler l’emploi (voir le Tableau 1).

Les recherches visant à fournir des preuves tangibles des incidences économiques du large bande sont relativement récentes. Les preuves rassemblées à ce jour concernent la contribution du large bande à la croissance du produit intérieur brut (PIB), à la création d’emplois et aux gains de productivité.

Produit intérieur brut

Le large bande a un impact positif sur le PIB mais les résultats des recherches sur le niveau de croissance varient énormément. Conditionnées par la disponibilité des données, les analyses ont d’abord porté sur les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) — plus particulièrement ceux de l’Europe de l’Ouest et de l’Amérique du Nord. Une étude montre que la contribution du large bande varie entre 0,25% et 1,38% pour une augmentation de 10% de la pénétration. Les écarts constatés s’expliquent de plusieurs façons. De toute évidence, certains de ces écarts sont imputables à l’utilisation de plusieurs ensembles de données et de différentes spécifications de modèles. Ils sont également liés au manque de variables utiles, qui obligent les chercheurs à travailler à des niveaux d’agrégation supérieurs.

Création d’emplois

Les résultats des recherches et analyses donnent également à penser que le large bande contribue bel et bien à la création d’emplois.

Par exemple, la construction du réseau large bande crée directement des emplois — ceux qu’exige la construction de l’installation (techniciens en télécommunications, travailleurs du bâtiment, fabricants des équipements de télécommunication requis, etc.). La création d’emplois directs se répercute sur les emplois indirects, lesquels incluent, par exemple, des emplois dans les procédures d’achat et de vente en amont, entre les secteurs de construction des équipements métalliques et électriques. Enfin, les dépenses des ménages, calculées sur la base des revenus générés par les emplois directs et indirects, créent des emplois dits induits.

Quatre études nationales ont évalué l’impact de la construction du réseau sur la création d’emplois (voir le Tableau 2).

Pour arriver aux estimations, les études ont utilisé des tables d’entrées et de sorties, qui sont généralement considérées comme étant un outil fiable pour mesurer l’impact des investissements, à condition de ne pas oublier deux points importants: premièrement, les matrices entrées/sorties sont des modèles statiques reflétant les interactions entre les secteurs économiques à un moment donné. Ces interactions étant amenées à changer, les matrices peuvent nous conduire à surestimer ou sous-estimer l’impact de la construction du réseau. Ainsi, si l’industrie des équipements électroniques externalise rapidement des emplois à l’étranger, l’impact du large bande sur l’emploi dans le pays concerné diminuera avec le temps et une partie des investissements partira à l’étranger. Deuxièmement, il est essentiel de décomposer les effets sur l’emploi aux trois niveaux définis dans la table entrées/sorties pour estimer l’impact direct réel exercé par le déploiement du large bande.

Productivité

Les chercheurs ont également étudié l’impact sur l’emploi de l’innovation ou des effets de réseau (regroupés par les économistes sous l’expression «effets induits dans le réseau»). La pénétration du large bande engendre de nombreux effets de ce type, qui vont de l’apparition de nouvelles prestations et applications innovantes, telles que la télémédecine, le cybercommerce, formation en ligne et les réseaux sociaux, à la résorption des excès de stocks et à l’optimisation des chaînes d’approvisionnement, à l’accroissement des revenus commerciaux et à la croissance de l’industrie des services. La plupart des recherches concernant cet impact ont été réalisées à partir de données américaines.

L’impact du large bande sur la création d’emplois semble être positif, la croissance variant entre 0,2% et 5,32% pour chaque pour-cent d’augmentation de la pénétration. Les effets d’entraînement du large bande sur l’emploi ne sont pas uniformes dans tous les secteurs. Selon certains chercheurs, l’impact du large bande sur la création d’emplois est surtout visible dans le secteur des services (services financiers, éducation et soins de santé), même s’ils ont constaté un effet positif également dans l’industrie de transformation. Une étude a relevé que, dans l’Etat du Kentucky, le taux d’emploi du comté était lié de façon positive au taux d’adoption du large bande dans les secteurs de la construction, dans les secteurs à forte composante d’information et dans les secteurs administratifs.

L’industrie de l’hébergement et des services de restauration est le seul secteur dans lequel le déploiement du large bande aurait des effets négatifs. Cette situation peut s’expliquer par la présence d’un processus de substitution capital/travail particulièrement fort, où les gains de productivité engendrés par l’adoption du large bande pèsent négativement sur l’emploi. Il faudrait donc tenir compte du fait que l’impact du large bande sur la productivité peut impliquer une substitution du capital au travail et, dans certains cas, engendrer une nette diminution de l’emploi.

Rente des consommateurs

La rente des consommateurs est le montant qui revient aux consommateurs pour l’achat d’un produit à un prix inférieur à ce qu’ils avaient envisagé. Elle peut également être conceptualisée en fonction des avantages que le large bande procure aux utilisateurs finals. Les facteurs qui augmentent la propension à payer incluent, par exemple, l’accès rapide et efficace aux informations, les économies de transport lors des transactions, et divers avantages en termes de santé et de loisirs.

Fossé existant en matière de large bande et besoins d’investissement

Lors du calcul des coûts d’investissement nécessaires à l’infrastructure, les décideurs ont souvent défini trois approches différentes. La première est une approche technologique classique visant à évaluer les besoins de couverture et à prévoir les investissements nécessaires sur la base des résultats obtenus. C’est la méthode adoptée pour estimer les investissements en Australie dans le cadre du plan national du large bande.

La deuxième approche, dite «approche descendante», consiste à définir le montant des ressources financières à investir puis à déterminer l’étendue de la couverture que ces ressources permettront d’obtenir. Il s’agit en partie de l’approche retenue par les Etats-Unis dans le cadre du programme «Broadband Technology Opportunity Program».

Comme ce programme faisait partie d’un plan de relance adopté par le Congrès américain, certains projets spécifiques relatifs à la construction des réseaux large bande n’ont pas été mentionnés dans la législation concernée. A la place, les fonds destinés au déploiement du large bande sont octroyés par le biais de subventions, et les plans de construction sont définis au fur et à mesure que les subventions sont versées. La troisième approche, dite de «politique générale», définit des objectifs (tels que la couverture et la cadence), mais ne s’intéresse pas au montant des investissements requis. C’est l’approche privilégiée par l’Allemagne dans le cadre de son plan national en matière de large bande.

Evaluation des résultats

Force est de constater que le large bande a bel et bien un effet positif sur la croissance du PIB. Les estimations du degré de contribution à la croissance économique varient selon les études, mais les écarts constatés peuvent s’expliquer par l’utilisation de plusieurs ensembles de données et de plusieurs spécifications de modèles.

Il a été constaté et prouvé que le large bande influençait positivement la productivité des entreprises.

Le large bande contribue également à la croissance de l’emploi — croissance directement imputable aux programmes de construction du réseau mais favorisée également par les retombées positives du large bande sur le reste de l’économie.

Enfin, au-delà de la croissance économique et de la création d’emplois, le large bande se répercute positivement sur la rente des consommateurs en générant, pour le consommateur final, des bénéfices qui peuvent être un accès efficace aux informations, des économies en termes de coûts de transport et des avantages en matière de santé et de loisirs.

La majorité des études ont été menées dans des pays développés, en particulier aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest. Le prochain défi consiste donc à tester la présence d’effets similaires dans les pays en développement où la disponibilité des données est encore très problématique.


 

Attribuer des fréquences pour un monde qui change

Conférence mondiale des radiocommunications de 2015

Dans ce numéro
No.5 Septembre | Octobre 2015

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