Nº 3 2013 > Modèles à imiter dans les secteurs public et privé

Télécentre Femmes: Formation à l’informatique

La technologie au service de l’autonomisation des femmes
Maria Teresa Camba, Directrice des opérations à la Fondation Telecentre.org

Maria Teresa CambaTélécentre Femmes: Formation à l’informatique
Maria Teresa Camba

Pour des millions de femmes, la formation aux outils numériques ouvre la voie à un nouvel avenir, une chance que la Campagne pour la formation des utilisatrices des télécentres aux outils numériques tente de donner aux femmes des quatre coins du monde. Cette initiative mondiale est menée conjointement par l’UIT et la Fondation Telecentre.org, chef de file des télécentres au niveau mondial.

Le rôle joué par les télécentres dans l’autonomisation des femmes peut être illustré par la seule histoire de Noura, une jeune femme handicapée de 27 ans dont le nom signifie «lumière» en arabe. Elle passait ses journées seule, assise devant sa maison, à regarder les gens passer, son seul réconfort étant d’écouter de la musique, jusqu’au jour où elle a commencé une formation au Télécentre de Salamieh en République arabe syrienne. Noura a vite maîtrisé la programmation informatique. Aujourd’hui, elle est devenue formatrice au Centre de recherche des personnes handicapées de Salamieh qui délivre un Passeport de compétences en informatique et elle est un rayon de soleil pour les autres personnes handicapées. «J’ai eu l’opportunité de pouvoir multiplier mes chances de trouver un emploi. Grâce aux cours que j’ai suivis au Télécentre de Salamieh, j’ai été engagée à mon poste actuel,» explique Noura.

Stratégie adoptée pour la Campagne

La Campagne pour la formation des utilisatrices des télécentres aux outils numériques est une initiative menée à l’échelle mondiale qui vise à autonomiser l’ensemble des femmes défavorisées et issues de communautés mal desservies en leur apportant une formation de base dans le domaine des technologies de l’information et de la communication. Ces acquis leur permettent de s’épanouir et augmentent leurs chances d’avoir une vie meilleure.

Le projet est chapeauté par Telecentre.org, programme mondial partenaire de l’UIT qui appuie la création et le maintien de télécentres en vue d’augmenter «les chances d’atténuer la pauvreté au niveau local grâce à l’informatique».

En mobilisant simultanément les ressources du réseau mondial de la Fondation Telecentre.org, ainsi que les 193 Etats Membres de l’UIT et ses 806 Membres de Secteur, Associés et établissements universitaires, la Campagne pour la formation des utilisatrices des télécentres aux outils numériques a déjà eu des résultats très positifs: plus de 500 000 femmes ont acquis des compétences informatiques de base dans l’un des télécentres ou réseaux de télécentres existants; une étude a été lancée à l’échelle mondiale en vue d’identifier les 100 Meilleures responsables de télécentre; la Fondation s’est assuré le concours de plus de 140 organisations (dont des réseaux de télécentres) dans 86 pays et a obtenu l’aide de partenaires des secteurs privé et public, d’institutions internationales et de parties prenantes au niveau local pour promouvoir le rôle des télécentres dans l’autonomisation des communautés, conformément aux Objectifs du Millénaire pour le développement.

Groupes cibles, éléments moteurs et résultats attendus de la campagne pour la formation aux outils numériques

Groupes cibles à l’échelle mondiale: Un million de femmes issues de communautés défavorisées.

Eléments moteurs: Femmes ayant réussi grâce à l’action des télécentres, partenaires des secteurs privé et public, institutions internationales, parties prenantes au niveau local, réseau mondial des télécentres et spécialistes de l’information.

Résultats attendus: Autonomiser le groupe de femmes ciblé en leur donnant accès à l’information, à l’entreprenariat et en leur apportant les compétences informatiques nécessaires pour trouver un emploi et augmenter leurs chances de poursuivre leurs études et d’appartenir à une communauté numérique mondiale solidaire.

Utilisatrices des télécentres

Les utilisatrices des télécentres sont issues de la population locale ou entretiennent des liens avec celle-ci. La Campagne pour la formation aux outils numériques voit ces utilisatrices sous deux angles distincts.
D’une part, les responsables de télécentres et les spécialistes de l’information assurent les services proposés par les télécentres, encouragent leur communauté à fréquenter davantage les télécentres, gèrent et créent les ressources locales et extérieures nécessaires pour que l’action des télécentres s’inscrive dans la durée.

D’autre part, les femmes de la communauté ayant ou non reçu une instruction formelle ou même bénéficié d’une alphabétisation fonctionnelle, qui fréquentent un télécentre ou en sont des utilisatrices potentielles. Même sans avoir des connaissances approfondies dans le domaine de l’informatique ou des TIC, elles utilisent (ou ont les capacités d’utiliser) les services d’un télécentre pour mieux s’acquitter de leurs tâches ou élargir leurs horizons. 

Nancy fait partie de cette seconde catégorie de femmes. Elle vit à Leyte, aux Philippines, et n’était jamais allée à l’école. Elle n’avait apparemment pas d’avenir lorsque, à l’âge de 38 ans, elle a découvert la Tanuan eSkwela (télécentre cyberécole).

Elle s’est alors consacrée entièrement à l’apprentissage de la maîtrise de l’ordinateur et, poussée à passer le Test d’accréditation et d’équivalence du système d’apprentissage alternatif proposé par le gouvernement, Nancy a obtenu les certificats correspondant à l’enseignement primaire et secondaire officiel. Consciente que les TIC lui avaient ouvert de nouveaux horizons, elle a également inscrit son fils et deux de ses neveux aux cours dispensés par le télécentre.

Aujourd’hui, la situation s’améliore pour Nancy qui, après avoir décroché son diplôme du second degré, s’est orientée vers une formation professionnelle pour gonfler les revenus de sa famille. «Lorsque je fréquentais le télécentre, je n’ai jamais eu honte de mon âge parce que j’y rencontrais d’autres femmes de ma génération. J’y ai appris à utiliser un ordinateur, c’est essentiel de nos jours. Je ne compte pas m’arrêter là. Je vais maintenant suivre une formation professionnelle afin d’aider mon mari charpentier et d’offrir un meilleur avenir à nos dix enfants.»

Combler les lacunes en informatique des femmes

Aujourd’hui, ce sont les TIC qui font tourner le monde. Elles nous donnent les capacités et les moyens de développer notre potentiel et nous permettent de concevoir des projets, de réaliser nos aspirations, de nouer des relations, et de construire notre avenir d’une manière qui était encore inimaginable il y a peu.

Les TIC ont plus particulièrement changé la vie des femmes. Ces technologies ont permis de rompre avec les traditions et de casser les préjugés sociaux, d’accroître le rôle des femmes dans la société et dans leur foyer en donnant à nombre d’entre elles une nouvelle liberté économique et sociale qui les a aidées à retrouver leur rang et à être estimées à leur juste valeur au sein de leur communauté. Voir des mères accédant à l’autonomie grâce aux TIC et des femmes défavorisées prendre une part active dans l’économie du savoir montre à quel point les technologies peuvent changer la vie et laisse entrevoir ce que les TIC pourraient offrir à beaucoup d’autres femmes.

Pourtant, trop de femmes restent encore à l’écart de la révolution technologique mondiale, en particulier dans les pays en développement où seulement 20% des femmes sont connectées, selon le rapport d’Intel Women and the Web («Les femmes et l’Internet»). Ces femmes sont cantonnées au rôle qui leur est traditionnellement dévolu au sein de la famille et n’ont pas la moindre connaissance des outils numériques qui pourrait les aider à avancer et à développer leurs capacités.

Les connaissances de base dans le domaine du numérique ne se limitent pas à la simple maîtrise de l’ordinateur pour communiquer par e‑mail ou sur les réseaux sociaux. Elles englobent également l’aptitude à utiliser les TIC pour améliorer la vie des femmes en fonction de leur environnement et de leurs besoins. Par exemple, les travailleuses agricoles pourraient tirer profit d’informations utiles sur les marchés pour adapter leur production et la vendre à un meilleur prix. De même, ces connaissances pourraient permettre aux femmes au foyer de devenir des entrepreneuses travaillant à domicile, ce qui leur assurerait de nouvelles possibilités de gagner leur vie et d’augmenter ainsi leur productivité et le revenu familial.

Effets positifs

La Campagne pour la formation des utilisatrices des télécentres aux outils numériques permet d’autonomiser l’un des segments de la population les plus vulnérables face à la pauvreté et à ses conséquences. Placer les femmes défavorisées au cœur de la révolution numérique revient à leur donner les moyens d’accéder à l’information, de faire des choix, et à leur offrir des opportunités et des possibilités inenvisageables jusqu’alors.

Les connaissances informatiques valorisent les utilisatrices des télécentres aux yeux de leur famille et de leur communauté, qu’elles vivent en Afrique, dans les Etats arabes, en Asie-Pacifique, aux Amériques, dans la Communauté des Etats indépendants ou en Europe. Ces compétences leur permettent de trouver plus facilement un emploi et de participer plus largement à l’activité de leur entreprise tout en représentant un véritable atout. Promouvoir la formation aux outils numériques est une composante majeure de la croisade mondiale contre la pauvreté.


 

Attribuer des fréquences pour un monde qui change

Conférence mondiale des radiocommunications de 2015

Dans ce numéro
No.5 Septembre | Octobre 2015

Audiences avec le Secrétaire général:

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