Nº 5 2015 > Mobile

Préserver l’avenir du mobile

Daniel Pataki
Vice-Président des Affaires réglementaires, GSMA

Daniel Pataki, Vice-Président des Affaires réglementaires, GSMAPréserver l’avenir du mobile
Daniel Pataki, Vice-Président des Affaires réglementaires, GSMA

La connectivité mobile est un moteur clé du développement économique et social. En 2015, les communications mobiles relient près la moitié de la population mondiale — une évolution phénoménale si l’on considère que les premiers réseaux cellulaires numériques de la planète ont été lancés il y a tout juste 25 ans.

Cependant, la composante vitale de la connectivité mobile — le spectre radioélectrique — est une ressource naturelle quantitativement limitée, qui se raréfie avec la croissance explosive des dispositifs mobiles, et le taux d’adoption de même que les changements qui en découlent progressent à un rythme insoutenable.

La Conférence mondiale des radiocommunications de 2015 (CMR-15) se tiendra à Genève pendant tout le mois de novembre. Les CMR ont lieu tous les trois à quatre ans. Elles représentent une occasion unique d’examiner les besoins en matière de spectre pour tous les systèmes de radiocommunication dans le monde et d’explorer les compromis nécessaires entre toutes les parties prenantes pour garantir la satisfaction de ces besoins de même qu’une harmonisation à grande échelle.

L’heure est au large bande mobile

Il est aujourd’hui plus qu’évident que l’Internet est un facteur de progrès, qu’il enrichit de plus en plus les différentes sphères de la vie des populations et modifie leurs modèles économiques, sociaux et culturels.

Le mobile joue un rôle clé dans ce développement, mais le secteur est tellement dynamique que les prévisions antérieures ont largement sous-estimé la demande, ce qui met l’accent sur l’urgente nécessité d’examiner les besoins en matière de spectre. Le nombre d’abonnés uniques au mobile dans le monde a considérablement augmenté, passant de 3,2 milliards en 2012 — année de la dernière CMR — à presque 3,8 milliards en septembre 2015, et devrait atteindre 4 milliards l’année prochaine.

On observe également une tendance au développement technologique de réseaux plus rapides. Les connexions au large bande mobile (3G et 4G) représentaient moins de 40% du total des connexions fin 2014, mais ce pourcentage devrait atteindre 70% ou presque d’ici à 2020. Sachant que les utilisateurs 4G génèrent considérablement plus de données que les utilisateurs 3G, une augmentation significative du trafic est attendue sur les six prochaines années, les consommateurs 4G ayant pour habitude de consommer deux fois plus de données que les autres utilisateurs.

Vodafone a indiqué que le trafic de données sur ses réseaux mondiaux avait augmenté de 80% au cours de l’année se terminant au deuxième trimestre 2014, la croissance ayant été portée par la 4G en Europe et la 3G en Inde. China Mobile, le premier opérateur mobile de Chine, a pour sa part indiqué que le trafic de données mobiles sur ses réseaux avait connu une augmentation annuelle de 158% pour atteindre 490,3 milliards de mégaoctets au premier trimestre 2015.

Pourquoi faut-il plus de spectre?

Le point principal de l’ordre du jour de la CMR-15 consiste à envisager l’identification de bandes de fréquences supplémentaires pour faciliter le développement des Télécommunications mobiles internationales (IMT) et le rôle joué par les services hertziens pour mettre le large bande à la portée de tous. Les dernières bandes de fréquences identifiées pour les IMT dans le monde datent de la CMR de 2007, alors que le premier iPhone (2G seulement) n’était pas encore lancé sur le marché mondial, que la 3G n’avait pas encore véritablement démarré et que la 4G était toujours en incubation. Pour faire simple, le large bande mobile n’était que très peu utilisé lors de la CMR-07 par rapport aux standards d’aujourd’hui.

YouTube a déclaré en octobre 2014 que les dispositifs mobiles généraient désormais 50% de son trafic mondial. Cisco estime que les smartphones génèrent 37 fois plus de trafic de données que les téléphones à fonctions spéciales et que les smartphones 4G génèrent presque trois fois plus de trafic de données que les smartphones 3G.

En huit ans, le monde a profondément changé et le comportement des consommateurs a évolué du fait de la généralisation de l’accès 3G et 4G et de l’adoption des technologies correspondantes. Des smartphones financièrement abordables permettent aujourd’hui de faire tourner des applications fortement consommatrices de données comme la transmission vidéo en continu sur les réseaux mobiles.

La République de Corée est l’un des marchés 4G les plus avancés au monde, avec un taux de couverture de la population de 100% et un taux d’adoption de la 4G supérieur aux deux tiers à la fin 2014. Le marché est arrivé à un tel niveau de maturité que les plans data illimités sont aujourd’hui monnaie courante et que même les utilisateurs délaissent les réseaux WiFi au profit de la 4G pour préserver la cohérence de leur expérience, sachant que le réseau 4G offre une vitesse de téléchargement/chargement supérieure à celle du WiFi.

Mais si les technologies de l’information et de la communication sont l’histoire d’un succès à l’échelle mondiale, de grandes disparités subsistent entre ceux qui ont accès aux TIC et ceux qui n’y ont pas accès. En particulier, la fracture au niveau du large bande entre les pays développés et les pays en développement est importante, avec un taux de pénétration du large bande mobile de, respectivement, 87% et 39% en 2015.

Le développement du large bande mobile, cependant, modifie la donne et le taux de pénétration mondial de l’Internet mobile devrait avoisiner les 50% d’ici à 2020. Lors d’une journée ordinaire, 1,5 million de personnes en moyenne commencent à utiliser les communications mobiles pour la première fois et cette évolution entraîne des changements sociaux et économiques dans le monde.

Les Philippines, qui comptent près de 100 millions d’habitants, sont représentatives des pays en développement en ce sens que les réalités sociales et économiques entravent souvent l’éducation en limitant les moyens et la capacité des individus à fréquenter l’école sur une base régulière. Le pays comporte plus de six millions de jeunes qui n’ont pas accès à l’éducation, en raison de circonstances indépendantes de leur volonté. Pour ces jeunes, l’éducation sur mobile est porteuse de changements. Plutôt que de dépenser du temps et de l’argent pour se rendre dans une école ou dans un établissement d’enseignement supérieur, les élèves peuvent profiter de leçons préparées par des enseignants experts, sur leur mobile au travail ou au domicile.

Dans les pays les plus développés, le déséquilibre entre la capacité du système de santé et la demande de soins est un obstacle majeur. C’est le cas notamment aux Emirats arabes unis (EAU) qui, comme beaucoup d’autres pays du Golfe, fait face à des taux de diabète et d’obésité exceptionnellement élevés. En misant sur les taux importants de pénétration du large bande mobile et des smartphones dans la région, les ministres de la santé du Conseil de coopération du Golfe (CCG) peuvent réduire les contraintes qui pèsent sur le système. Des études montrent que les applications de santé sur mobile constituent un outil d’un bon rapport coût-efficacité pour promouvoir l’accès aux soins, sensibiliser davantage sur les questions de santé et aider les malades chroniques à mieux gérer leur maladie, parfois avec une messagerie texte de base pouvant générer des réductions de coûts des soins de santé de près de 800 USD par patient.

Qu’est-ce que tout cela signifie?

Pour que cette formidable croissance des données mobiles puisse se poursuivre, de nouvelles bandes de fréquences doivent être mises à disposition lors de la CMR-15 en vue d’une utilisation potentielle d’ici à 2020. L’obtention de fréquences additionnelles pour le large bande mobile est de loin le moyen le plus économique pour améliorer la capacité mobile et, par conséquent, tirer les prix à la consommation vers le bas.

Il est vrai que certaines des fréquences prévues pour être affectées à une utilisation mobile sont déjà occupées par d’autres usagers du spectre. Mais l’évolution rapide des technologies hertziennes modernes, qui permettent une utilisation plus efficace du spectre disponible, montre qu’il est toujours possible de faire toujours plus avec toujours moins et que le potentiel en matière de partage des ressources est important.

Les services existants ne doivent pas disparaître et un grand nombre d’études révèlent que la compatibilité entre les services dans les bandes adjacentes et le large bande mobile peut être assurée grâce à des conditions techniques appropriées et à des mesures opérationnelles.

Par ailleurs, d’autres marchés hertziens peuvent également bénéficier de cette hausse des affectations au service mobile. Sachant que les contenus vidéo devraient représenter 60% de la totalité du trafic mobile d’ici à 2020, le fait d’avoir plus d’yeux sur plus d’écrans à plus d’endroits ne peut être que positif pour l’industrie de la télévision.

L’identification de nouvelles bandes de fréquences pour les IMT offre aux régulateurs et aux gouvernements des moyens supplémentaires pour faire face à l’évolution rapide de tous les services hertziens. Promouvoir l’attribution de nouvelles bandes au service mobile lors de la CMR-15 ne signifie pas stopper les services existants du jour au lendemain. Chaque pays doit décider individuellement comment et quand attribuer de nouvelles bandes de fréquences mobiles en fonction de ses priorités nationales et des besoins de ses citoyens.

Pourquoi maintenant?

Le service mobile est un contributeur majeur à l’économie mondiale. Des études montrent que l’industrie mobile a généré (directement et indirectement) 3,8% du PIB mondial (soit 3 trillions USD) et a directement contribué à créer 13 millions d’emplois en 2014 — et tablent sur une croissance de 5,1% du PIB et sur la création de 15,4 millions d’emplois d’ici à 2020.

Cependant, le succès du mobile dépend du spectre. La CMR-15 est l’événement à venir le plus important qui permettra de déterminer la disponibilité future des services large bande mobiles haut débit abordables et ubiquitaires et de consolider la croissance économique.

Vu qu’il faut une dizaine d’années pour préparer l’affectation du spectre, nous devons traiter ces questions sans plus attendre. Dans dix ans, le spectre actuel aura été épuisé, les coûts des réseaux auront explosé, les utilisateurs auront vécu une expérience mobile décevante et l’innovation sera étouffée. En résumé, une erreur commise lors de la CMR-15 peut compromettre les principaux avantages économiques et sociaux de la révolution mobile.

Le fait de garantir l’affectation d’une couverture et d’une capacité spectrale suffisantes au service mobile lors de la CMR-15 donnera aux administrations nationales une certaine souplesse pour attribuer les quantités de spectre souhaitées plutôt que de se limiter aux attributions existantes. Le spectre étant une ressource limitée, il est plus important que jamais d’avoir un partage harmonieux des bandes entre les services pour permettre aux administrations nationales de continuer à assurer les services existants tout en exploitant la flexibilité pour rendre de nouvelles bandes de fréquences disponibles.

Enfin, la CMR-15 représente une opportunité unique de parvenir à des résultats de fond, consensuels et harmonieux, dans l’intérêt de tous.



 

Attribuer des fréquences pour un monde qui change

Conférence mondiale des radiocommunications de 2015

Dans ce numéro
No.5 Septembre | Octobre 2015

Audiences avec le Secrétaire général:

Visites officielles

Audiences avec le Secrétaire général|1