Nº 2 2012 > Principales caractéristiques

Passage de la télévision analogique à la télévision numérique

Vue d’ensemble de la situation dans la région des Etats arabes

Passage de la télévision analogique à la télévision numériquePassage de la télévision analogique à la télévision numériquePassage de la télévision analogique à la télévision numérique

Le passage de la radiodiffusion télévisuelle analogique à la radiodiffusion télévisuelle numérique de Terre offre aux gouvernements, aux radiodiffuseurs, aux régulateurs et au grand public d’immenses possibilités, mais pose aussi des défis de taille. La radiodiffusion numérique de Terre permet d’accéder à de nouveaux programmes et services multimédias interactifs. L’article qui suit traite des facteurs qui devront être pris en compte au moment de l’élaboration de la feuille de route pour que cette transition se fasse en douceur dans la région des Etats arabes.

Plan GE06

La Conférence régionale des radiocommunications de l’UIT 
(CRR-06), qui s’est tenue à Genève en juin 2006, a adopté un plan pour la radiodiffusion numérique concernant 116 pays (situés principalement en Afrique et en Europe), dans les bandes de fréquences 174–230 MHz et 470–862 MHz. Ce plan (appelé Plan GE06) fixe au 17 juin 2015 au plus tard l’arrêt des émissions analogiques (pour certains pays exploitant certaines bandes de fréquences, la date butoir a été fixée au 17 juin 2020).

Les pays arabes font parties du Plan GE06. Ils se préparent donc à passer de la radiodiffusion analogique à la radiodiffusion numérique de Terre. Le plan retenu pour le passage à la radiodiffusion numérique dans cette région est présenté dans le tableau ci-dessous. Si certains pays ont déjà bien avancé dans le processus, d’autres n’en sont qu’au début ou n’ont pas encore engagé ce processus. La Jordanie, par exemple, a prévu de passer au numérique en deux étapes. La première, qui concerne les principales stations de radiodiffusion télévisuelle (11 villes), a commencé début 2012 et devrait être achevée d’ici à la fin de l’année. La seconde, qui concerne les zones rurales et isolées, sera mise en œuvre entre 2013 et 2015. A l’issue de la première étape, il y aura une période de chevauchement d’un an entre l’analogique et le numérique, pour permettre aux utilisateurs finals d’adapter leurs récepteurs. Jordan Radio and Television, qui est chargé de mener à bien la transition s’est vu allouer un budget à cette fin pour 2012 et 2013.

Plan pour le passage à la radiodiffusion numérique

Douze pays de la région des Etats arabes ont déjà déployé la radiodiffusion télévisuelle numérique de Terre ou projettent de le faire. La plupart ont des plans de fréquences et ont choisi d’appliquer la norme de radiodiffusion vidéonumérique de Terre (DVB-T). Toutefois, seul un petit nombre d’entre eux ont indiqué avoir mis en place un cadre juridique et réglementaire. La période de transition s’échelonne entre 18 et 91 mois. Si la plupart des pays concernés, à l’exception du Maroc et de l’Arabie saoudite, ne disposent que d’un nombre limité d’émetteurs DVB-T en service, tous les pays de la région ont accès à la radiodiffusion directe par satellite à domicile (DTH, direct-to-home).

Statut des pays pendant la période de transition

En Algérie, l’arrêt de la télévision analogique et le passage définitif au numérique sont prévus pour 2014. Télédiffusion d’Algérie (TDA) a annoncé qu’elle avait lancé la première phase d’un plan d’action en trois étapes. La radiodiffusion télévisuelle numérique de Terre devrait être opérationnelle d’ici à la fin du premier trimestre de 2012. La télévision sur Internet (TVIP) est opérationnelle sur le marché algérien depuis février 2010. Ce service est offert par Algérie Télécom.

Bien que Bahreïn n’ait pas accès à la télévision numérique de Terre, Nuetel a lancé des services de TVIP en février 2007, et ces services étaient disponibles à Reef Island et Amwaj Island dès septembre 2011. Le même mois, Batelco, l’opérateur historique, a lui aussi lancé ses services de TVIP dans deux zones nouvellement développées de Reef Island. La télévision mobile à Bahreïn est fournie par Viva.

L’Egypte propose la plus grande offre de chaînes de télévision par satellite avec réception directe à domicile (DTH) de la région des Etats arabes. Pour ce qui est de la télévision numérique, l’Autorité nationale de régulation des télécommunications (NTRA) envisage actuellement d’utiliser la bande de fréquences 790–862 MHz au titre du dividende numérique et la bande de fréquences 698–790 MHz dans le cadre d’une extension future. Les opérateurs mobiles offrent la télévision mobile. Egyptian Advanced Multimedia Systems (EAMS) fournira des services de TVIP par satellite dès que ceux-ci seront mis sur le marché. Des services de télévision mobile sont assurés par Mobinil et Etisalat Misr.

Alsumaria television est la seule chaîne diffusant en télévision numérique de Terre en Iraq. Mobision, branche de la Alsumaria Broadcasting Service Company, utilise la technologie de radiodiffusion vidéonumérique sur dispositif portatif (DVB-H) et est le seul fournisseur de services de télévision mobile (DVB) en Iraq.

La TVIP est opérationnelle en Jordanie grâce à Orange Jordan, qui est le seul fournisseur de services de TVIP du pays. Orange Jordan, qui a commencé à commercialiser ses services de TVIP et de vidéo à la demande au dernier trimestre de l’année 2008, est le seul fournisseur de services de télévision mobile 3G de Jordanie.

La radiodiffusion télévisuelle numérique de Terre n’est pas encore opérationnelle au Koweït, mais conformément à un accord signé en 2006, la DVB-T sera mise en place en 2015. La télévision mobile est fournie au Koweït par deux opérateurs cellulaires: Zain Kuwait et Viva.

Au Liban, les services de télévision sont fournis selon différentes modalités: télévision analogique sans abonnement dans les bandes d’ondes décimétriques (UHF), télévision par câble et hertzienne sans licence, système de distribution vidéo multipoint (MVDS) et radiodiffusion directe par satellite à domicile (DTH). Tous les radiodiffuseurs libanais de télévision de Terre dans les bandes d’ondes décimétriques utilisent des réseaux de transmission analogiques et de multiples émetteurs. Les principaux services de télévision numérique sont fournis via des opérateurs de satellites et des opérateurs de radiodiffusion vidéonumérique utilisant un système de distribution vidéo multipoint par satellite (DVB-MS). La télévision mobile n’est pas opérationnelle sur le marché libanais.

En Libye, l’opérateur Libyana fournit des services de télévision mobile et procède depuis 2007, en coopération avec la société française Enensys, à des essais de la technologie DVB-H (télévision mobile), à Tripoli. Pour le moment, la TVIP n’est pas disponible dans le pays.

La Mauritanie accuse toujours un retard en matière de radiodiffusion numérique. Ni la TVIP, ni la télévision mobile ne sont opérationnelles dans ce pays. En décembre 2011, la Mauritanie proposait deux chaînes publiques: l’une diffusée en télévision numérique de Terre, et l’autre en DTH par satellite.

Au Maroc, la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision propose aussi bien la télévision numérique de Terre que la télévision mobile (DVB-H). Maroc Telecom fournit la télévision mobile 3G ainsi que des services de TVIP. Ces services sont également offerts par Meditel.

Oman est le seul pays de la région qui n’est pas couvert par la télévision de Terre. Toutes les chaînes locales sont diffusées en DTH par satellite. Cependant, l’Autorité de régulation des télécommunications travaille actuellement à l’élaboration d’une réglementation en vue de mettre en œuvre la technologie DVB-H dans le pays, conformément à la loi relative à la réglementation des télécommunications promulguée en vertu du Décret royal N° 30/2002, aux règlements d’exécution connexes et à la politique du secteur des télécommunications. La TVIP n’est pas opérationnelle sur le marché omanais, bien qu’il n’existe aucun obstacle réglementaire à l’octroi de licences fixes ou mobiles nationales pour la fourniture de ce service. Les opérateurs mobiles Nawras et Oman proposent la télévision mobile 3G depuis 2009.

Il n’y a pas de radiodiffusion numérique de Terre au Qatar. L’opérateur historique, Qtel, propose des services de TVIP et de télévision mobile (basée IP). En Arabie saoudite, la télévision numérique de Terre a commencé à être diffusée en juin 2006. La première phase du déploiement couvrait 40 villes du Royaume. La Saudi Telecom Company (STC) a déployé la TVIP et des services triple-play via son réseau de fibres optiques jusqu’au domicile (FTTH). En août 2010, STC a annoncé le lancement d’«Invision», service qui regroupe la TVIP, l’Internet large bande et la téléphonie fixe. Les services de télévision mobile sont fournis par trois opérateurs cellulaires.

Au Soudan, la radiodiffusion numérique de Terre est opérationnelle, selon certaines sources, mais ni la TVIP ni la télévision mobile ne sont accessibles. Ces deux services ne sont pas non plus disponibles en République arabe syrienne. Le Ministère de l’information avait prévu le passage de l’analogique au numérique pour la mi-2011, mais le démarrage du projet a été retardé.

En Tunisie, la télévision numérique de Terre est réglementée par l’Office national de télédiffusion. Le projet TNT en Tunisie comprend deux phases. La première, lancée en 2001, consistait à mettre en place, à titre expérimental, à Boukornine, une unité de radiodiffusion télévisuelle numérique utilisant le système DVT-B et la compression MPEG-2. La seconde phase du projet, qui concernait la numérisation du réseau de transmission reliant les studios de production aux différentes stations de radiodiffusion, a été en partie mise en œuvre en 2009. Tunisie Telecom a annoncé qu’elle était en train de moderniser son réseau afin de lancer des services incluant la TVIP, mais ce service n’est pas encore opérationnel. En décembre 2011, Orange Tunisie était le seul fournisseur de services de télévision mobile dans le pays.

L’Autorité de régulation des télécommunications des Emirats arabes unis a publié un plan de passage à la télévision numérique de Terre en décembre 2009. Conformément à ce plan en quatre étapes, les opérateurs actuels de radiodiffusion télévisuelle analogique devront procéder à l’arrêt de leurs émetteurs analogiques au plus tard en décembre 2013. La TVIP est proposée par E-Vision, filiale d’Etisalat, et par du. Pour ce qui est de la télévision mobile DVB-H, l’Autorité de régulation des télécommunications a accordé une licence au groupe Emirates Mobile Television Corporation en novembre 2009, faisant des Emirats arabes unis le premier pays de la région à délivrer une telle licence.

L’Autorité palestinienne et le Yémen accusent toujours un retard en matière de radiodiffusion numérique. La télévision mobile, la TVIP et les services de radiodiffusion numérique de Terre ne sont pas opérationnels dans ces pays.

Réaction des utilisateurs et des opérateurs face à la transition

La radiodiffusion télévisuelle numérique par satellite est très répandue dans la région des Etats arabes, malgré le nombre limité de fournisseurs de plates-formes de réception par satellite DTH. Le nombre de téléspectateurs de la télévision de Terre dans la région a chuté de manière spectaculaire depuis que les foyers se tournent vers la télévision par satellite, qui offre un choix plus vaste et des contenus plus diversifiés. La télévision payante par satellite est également très répandue dans la région mais fait l’objet de nombreux piratages. En effet, vu la profusion de contenus gratuits, les téléspectateurs de la région n’ont pas l’habitude de payer pour visualiser les contenus.

Si la TVIP et la télévision mobile ne sont pas encore déployées dans plusieurs pays de la région, c’est principalement parce qu’il faut attendre que la technologie atteigne un certain niveau de maturité et parce que la demande des téléspectateurs n’est pas suffisamment forte. Le manque de ressources financières, des modèles économiques peu rentables, la pénurie de contenus et l’absence de cadre réglementaire précis figurent également au nombre des raisons de cette situation.

Des infrastructures adéquates et fiables, des contenus attrayants, des modèles économiques solides, un cadre réglementaire approprié, une stratégie commerciale et de communication bien conçue, des abonnements au large bande à prix réduit et la coopération entre les acteurs intervenant dans la chaîne de valeur sont des facteurs importants de la réussite du déploiement de la TVIP et de la télévision mobile.

Les défis de la transition

Le processus de transition n’est pas une simple question de technologie. Pour que la transition se fasse en douceur, il convient de résoudre un certain nombre de problèmes d’ordre réglementaire et administratif. Les régulateurs doivent ainsi examiner les conditions liées à l’octroi de licences, y compris les droits d’utilisation du spectre et les droits de radiodiffusion, et décider des différentes options technologiques possibles telles que la technologie de transmission, le format télévisuel, les techniques de compression et les politiques de diffusion simultanée. De leur côté, les opérateurs doivent choisir entre les différentes options de planification du réseau (réseau multifréquence (MFN) ou réseau monofréquence (SFN)) et identifier les principales applications. Quant aux téléspectateurs, ils doivent utiliser des décodeurs ou remplacer leurs équipements analogiques actuels (téléviseurs et magnétoscopes) par des récepteurs numériques.

Les régulateurs peuvent accorder une importance plus ou moins grande aux droits mentionnés ci dessus, de sorte que le cadre relatif à l’octroi des licences pour la télévision numérique de Terre a tendance à varier d’un pays à l’autre et à revêtir des formes et des significations différentes. Lors de l’élaboration d’un cadre pour l’octroi des licences, il convient de prendre en compte les objectifs de la gestion du spectre, les règles et objectifs en matière de concurrence, la structure du marché et les objectifs environnementaux, les règles et objectifs en matière de médias et les tendances de la convergence.

Un certain nombre de pays de la région des Etats arabes ne disposent pas de plans efficaces de gestion du spectre. Il est donc important que la région s’attaque aux problèmes politiques, réglementaires et techniques qu’elle rencontre dans ce domaine. A cette fin, il faudrait promouvoir l’adoption de politiques et de pratiques harmonisées en matière de gestion du spectre et renforcer les capacités humaines et institutionnelles correspondantes.

Recommandations

Le passage à la radiodiffusion télévisuelle numérique de Terre est un processus complexe qui exige la participation des législateurs, des régulateurs, des sociétés de radiodiffusion (producteurs de contenus, radiodiffuseurs et opérateurs de réseaux), des constructeurs et des téléspectateurs. Les pays doivent se prononcer sur des questions politiques et technologiques essentielles, en se fondant sur des analyses techniques et économiques, sur la disponibilité des dispositifs et équipements nécessaires ainsi que sur le niveau de préparation des téléspectateurs, tout en tenant compte de la réglementation internationale pertinente, notamment du Règlement des radiocommunications de l’UIT et des accords régionaux et bilatéraux.

Afin d’harmoniser l’utilisation du spectre dans la région des Etats arabes, il est recommandé de mettre au point des tableaux harmonisés d’attribution des bandes de fréquences aux niveaux national et régional. Pour ce faire, les pays qui ne disposent pas de système de gestion du spectre peuvent s’inspirer du système de gestion du spectre SMS4DC de l’UIT. Pour favoriser une utilisation efficace du spectre, les pays devraient mettre en place un mécanisme harmonisé de coordination transfrontière des fréquences en s’appuyant, par exemple, sur la méthode de calcul harmonisée utilisée en Europe. Il faudrait également améliorer les compétences régionales par le biais du renforcement des capacités.

Une bonne coordination entre les pays est indispensable pour le passage de la télévision analogique à la télévision numérique. Cela passera nécessairement par la participation des gouvernements, du secteur privé, des institutions financières et des autres parties prenantes, dans le cadre d’un effort concerté visant à connecter la région des Etats arabes.


 

Attribuer des fréquences pour un monde qui change

Conférence mondiale des radiocommunications de 2015

Dans ce numéro
No.5 Septembre | Octobre 2015

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