Nº 2 2014 > Les jeunes et les emplois technologiques

L’emploi des jeunes

Maîtriser les technologies pour trouver un emploi

Kelvin Doe, un jeune homme brillant de la Sierra LeoneL’emploi des jeunesL’emploi des jeunes
Kelvin Doe, un jeune homme brillant de la Sierra Leone

Kelvin Doe est un jeune autodidacte brillant de la Sierra Leone, dont les compétences et les capacités techniques ont attiré l’attention du Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’une des écoles techniques les plus prestigieuses au monde. Il est devenu le plus jeune boursier de l’Initiative de développement international du MIT en montrant ses talents impressionnants à des ingénieurs plus expérimentés. Kelvin a aussi participé à la manifestation «Meet the Young Makers» (Rencontrez les jeunes créateurs) dans le cadre du «Maker Fair» (Salon des constructeurs) de New York en 2012; les jeunes inventeurs ont ainsi pu s’inspirer de son exemple.
Kelvin s’est appuyé sur sa créativité pratique de «bricoleur de génie» pour construire une station de radio FM autoalimentée avec des émetteurs, des générateurs et des batteries provenant de déchets recyclés. Il s’est ensuite servi de sa station pour diffuser une émission sous le pseudonyme de DJ Focus.

Cette histoire, extraite d’un nouveau rapport de l’UIT intitulé «Les débouchés du numérique, une solution novatrice grâce aux TIC pour l’emploi des jeunes», laisse entendre qu’il pourrait exister de nombreux Kelvin dans le monde. Le rapport en question, établi par le Bureau de développement des télécommunications (BDT), est le fruit du partenariat UIT-Fondation Telecentre.org pour l’emploi et l’esprit d’entreprise à l’intention des jeunes. Sa publication coïncidait avec la Conférence mondiale de développement des télécommunications qui s’est déroulée à Dubaï du 30 mars au 10 avril 2014. Quelques-uns des principaux éléments de ce rapport sont repris ci-après.

Le chômage

73 millions de jeunes sont sans emploi dans le monde actuellement, et le nombre de jeunes sous-employés (souvent ceux qui ont des emplois non officiels, des salaires très faibles, aucune prestation sociale et une plus forte probabilité d’être licenciés) est trois fois plus élevé. En outre, 621 millions de jeunes sont dits «inactifs», c’est-à-dire qu’ils ne sont ni en cours ou en formation, ni en recherche d’emploi. Les jeunes représentent 17% de la population mondiale et 40% des personnes sans emploi.

Les coûts sont extrêmement élevés pour la société lorsque les jeunes se détachent de l’école et du travail. Ainsi, selon ce rapport, en absorbant seulement 20% des jeunes marginalisés dans le marché du travail européen, les pays de l’Union européenne économiseraient collectivement plus de 21 milliards d’euros par an. Aux Etats-Unis, on estime que le coût de chaque jeune marginalisé est de 37 450 USD par an.

«Quand les jeunes rencontrent autant de difficultés au début de leur carrière, les répercussions peuvent durer toute leur vie. Ce n’est pas l’avenir que nous souhaitons pour la prochaine génération. Il est donc impératif que nous prenions des mesures concrètes pour faire en sorte que les jeunes aient de réelles perspectives professionnelles et puissent mener une vie productive et gratifiante» a déclaré Brahima Sanou, Directeur du BDT, dans sa préface au rapport «Les débouchés du numérique, une solution novatrice grâce aux TIC pour l’emploi des jeunes».

Génération numérique

Les progrès des technologies de l’information et de la communication (TIC) provoquent des bouleversements dans les anciens secteurs économiques et en font apparaître de nouveaux. Dans la plupart des emplois, maîtriser l’informatique devient aussi important que savoir lire et écrire. Les personnes qui disposent de hautes compétences en informatique peuvent se lancer dans des carrières très diverses dans le secteur privé, voire devenir des entrepreneurs.

Les jeunes ont la possibilité de participer au Concours de l’UIT pour les jeunes innovateurs, qui se déroule chaque année dans le cadre de la conférence «ITU Telecom World». Organisée à Bangkok en 2013 et à Dubaï en 2012, cette manifestation offre aux jeunes entrepreneurs des sessions intensives en tête-à-tête avec d’éminents professionnels du secteur privé, ainsi qu’un accompagnement pendant une période de développement d’un an. Des sessions de formation axées sur le développement de compétences d’entrepreneurs sont aussi proposées, ainsi que des occasions de constituer un réseau avec des représentants des TIC provenant du secteur privé, du secteur public et des universités. A Dubaï, par exemple, près de 400 entrepreneurs âgés de 18 à 25 ans et provenant de 77 pays ont eu la possibilité de présenter leurs projets dans le domaine des TIC.

Etant donné que les jeunes adoptent les TIC très tôt dans leur vie, ils sont mieux placés que la génération de leurs parents pour tirer parti des possibilités offertes par les technologies numériques de manière innovante et imaginative. Cependant, pour pouvoir le faire, ils doivent disposer d’un ensemble de compétences dans le domaine du web.

Comment les jeunes peuvent-ils devenir experts dans le domaine des TIC? Les enseignants peuvent faciliter le processus d’apprentissage pour que les étudiants puissent s’approprier ce processus et acquérir des connaissances à leur propre rythme. De nouvelles manières d’interagir apparaissent dans le monde des études. Citons à cet égard les trois modèles suivants: l’apprentissage mixte, l’apprentissage autogéré et l’apprentissage collaboratif.

L’apprentissage mixte combine un enseignement en ligne et un enseignement en classe. Il s’appuie sur un environnement numérique permettant de créer des salles de classe virtuelles.

Dans le cadre d’un apprentissage autogéré, des étudiants motivés peuvent faire leurs propres choix dans l’immense quantité de contenus éducatifs gratuits disponibles sur l’Internet. Ils choisissent ainsi ce qu’ils veulent apprendre et quand ils veulent le faire, en puisant notamment dans les cours en ligne ouverts et massifs (CLOM).

L’apprentissage collaboratif permet à des pairs de partager leurs connaissances, d’explorer de nouveaux domaines d’intérêt et de tirer parti des connaissances cumulées du groupe. L’expérience montre que le fait de travailler de manière collaborative améliore les résultats de l’apprentissage. Les pôles technologiques, les espaces de travail collaboratif et les laboratoires communautaires sont très appréciés des jeunes.

Bien entendu, les chercheurs d’emplois doivent pouvoir attester de leurs connaissances ou de leurs compétences, car les employeurs jugent les candidats au regard des qualifications de ceux-ci.

Il est possible d’obtenir des certificats en ligne ou par le biais de centres de certification. Certaines entreprises technologiques, notamment Microsoft, Cisco, HP, Samsung, Apple et Google, délivrent aussi leurs propres certificats.

Dans le cadre de son initiative «Mozilla Open Badges» la Fondation Mozilla propose des «badges» (c’est-à-dire des attestations en ligne des compétences acquises), qui constituent une nouvelle forme de certification.

Le BDT a créé une nouvelle base de données sur l’emploi des jeunes et l’esprit d’entreprise (disponible à l’adresse suivante: www.itu.int/ITU-D/youth) pour aider les jeunes à détecter les possibilités offertes par le monde numérique et à en tirer parti.

Faire carrière dans le numérique

Grâce aux TIC, il est désormais possible d’exercer des activités hautement qualifiées depuis n’importe quel endroit du monde. L’informatique, les processus d’entreprise et les services propres aux différents secteurs économiques peuvent par exemple être sous-traités. Le secteur de la sous-traitance des services emploie 4,1 millions de personnes dans le monde; il offre des salaires et des carrières attrayants pour les jeunes diplômés et les professionnels et permet d’intégrer dans le marché du travail des jeunes au chômage, des femmes vivant en milieu rural et d’autres groupes marginalisés.

Plus récemment, de nouveaux marchés de l’emploi fondés sur les TIC sont apparus. Il s’agit par exemple du micro-travail, qui désigne un ensemble de petites tâches (faisant partie d’un processus ou d’un projet plus vaste) pouvant être effectuées par l’Internet ou à partir d’un appareil mobile. La Banque mondiale estime que le marché mondial du micro-travail génère entre 450 et 900 millions USD par an et emploie entre 1,45 et 2,9 millions de micro-travailleurs. L’externalisation ouverte («crowdsourcing») fonctionne un peu de la même manière que le micro-travail mais nécessite généralement des compétences techniques de plus haut niveau et intervient dans le cadre de projets plus importants.

L’économie des «apps»

L’économie des «apps», ou applications pour mobiles, s’est développée au même rythme que le marché des téléphones intelligents, tablettes et autres médias sociaux. Entre 2007, date à laquelle le iPhone a été commercialisé, et juillet 2013, l’économie des apps a permis de créer environ 752 000 emplois aux Etats-Unis et 530 000 emplois dans les 28 pays de l’Union européenne.

Les apps ont fait apparaître une nouvelle catégorie d’entrepreneurs et ont donné naissance à un secteur pesant plusieurs milliards de dollars pratiquement du jour au lendemain. En octobre 2013, l’App Store (boutique en ligne d’applications pour mobiles) de la société Apple proposait plus d’un million d’applications. Le nombre d’applications destinées aux systèmes Android a augmenté à peu près au même rythme.

Les jeux sont considérés comme les apps les plus lucratives. Dans le monde entier, des jeunes espèrent gagner beaucoup d’argent en créant l’app qui remplacera les «Angry Birds». Il est intéressant d’observer que les vainqueurs des récents concours d’apps organisés par Pivot East pour les communautés de développeurs dans le secteur des appareils mobiles en Afrique orientale étaient tous les deux des jeux: un jeu de course appelé «Matatu» (terme qui désigne des minibus privés que l’on trouve surtout au Kenya), qui avait été téléchargé 150 000 fois dans plus de 200 pays, et «Tough Jungle» («Jungle cruelle»), un jeu d’action qui se déroule dans la jungle africaine.

L’économie des apps va-t-elle toutefois générer suffisamment de revenus dans les marchés émergents pour financer cette nouvelle génération d’entrepreneurs? Cela reste à voir. Pour faire vivre une app sur le marché, on ne peut se contenter de la développer et de la lancer, puis d’attendre que l’argent coule à flots. Il faut investir en permanence dans le développement, les mises à jour et de nouvelles fonctionnalités.

Les jeunes entreprises

Plutôt que de chercher des emplois, les jeunes peuvent devenir des créateurs d’emplois, bien que dans le domaine de la création d’entreprise, la réussite exige des personnes motivées et dotées des compétences adéquates (les connaissances en informatique n’en étant qu’un des éléments) ainsi que des sources de financement.

«Depuis bien longtemps déjà, l’UIT aide les jeunes à devenir des entrepreneurs et à se lancer dans des carrières dans les TIC. C’est pourquoi je suis fier d’être le parrain du Concours pour les jeunes innovateurs, qui s’inscrit dans le cadre des manifestations du «ITU Telecom World». C’est aussi la raison pour laquelle, en tant que Directeur du Secteur du développement des télécommunications de l’UIT, je me suis pleinement engagé en faveur d’une plus grande autonomie des jeunes, notamment par le biais de projets tels que mon initiative phare appelée «le mobile au service du développement», qui vise à exploiter le potentiel des téléphones mobiles pour promouvoir l’éducation, le commerce, la santé, le sport et bien d’autres domaines. La Journée internationale des jeunes filles dans le secteur des TIC, qui est fêtée le quatrième jeudi d’avril, a également pour but de faire en sorte que des jeunes femmes puissent rejoindre les rangs des personnes toujours plus nombreuses qui se lancent dans une carrière dans les TIC», a dit M. Sanou.

Dans le monde entier, les pépinières d’entreprises s’efforcent d’imiter les succès de la Silicon Valley. Le magazine Wired a comparé le potentiel de l’Afrique à celui qui a précédé l’explosion des jeunes entreprises technologiques. La «Silicon Savanne» du Kenya est devenue un foyer d’innovation, de jeunes entreprises et de création d’apps. Google, Intel, Microsoft, Nokia et Vodafone y sont toutes présentes, et IBM a récemment choisi Nairobi pour établir son premier laboratoire de recherche en Afrique. Le Nigéria commence à être connu sous le nom de «Silicon Lagon». Amman, en Jordanie, a été appelée la «Silicon Wadi» (ce mot signifiant «vallée» en arabe). Quant à l’Amérique latine, elle connaît elle aussi actuellement une forte croissance du nombre de ses jeunes entreprises et de ses accélérateurs et autres pépinières d’entreprises.

Oasis 500, une entreprise de capital d’amorçage située en Jordanie, est spécialisée dans les investissements dans les pays arabes. Elle fournit aux entrepreneurs des secteurs des TIC, des médias numériques et des technologies mobiles des financements, des formations et un accompagnement pour les aider à transformer leurs projets commerciaux et leurs jeunes entreprises en sociétés à forte croissance. Les entrepreneurs doivent lui présenter un plan d’affaires et, s’ils sont sélectionnés, obtiennent un capital d’amorçage de 15 000 USD. Ils doivent alors suivre une formation pratique intensive de cinq semaines au cours de laquelle ils apprennent à mettre sur pied une entreprise et ils se voient proposer des locaux pour héberger leur entreprise pendant trois à six mois. Les entreprises qui parviennent à grandir après cette première étape d’incubation obtiennent un financement supplémentaire ainsi que des conseils juridiques, un accompagnement et des possibilités de constituer un réseau avec des dirigeants d’entreprises locales. Elles peuvent aussi éventuellement obtenir un investissement direct de la part d’Oasis 500. Depuis ses débuts en 2010, Oasis 500 a reçu 2000 demandes et a investi dans 49 sociétés.

L’Internet regorge de ressources et de contenus pour les entrepreneurs, depuis l’accompagnement et le réseautage en ligne jusqu’au financement d’entreprises par des particuliers via l’Internet («crowdfunding»), qui sont devenus de nouveaux mécanismes permettant d’attirer un capital d’amorçage.

Des emplois écologiques

Le passage à une économie plus écologique, pour répondre à la crise mondiale de l’environnement, pourrait produire entre 15 et 60 millions d’emplois supplémentaires dans le monde au cours des deux prochaines décennies et ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes. Un rapport récent de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques indique que le fait de promouvoir les compétences en matière de TIC dans l’économie écologique et intelligente présente un double intérêt en encourageant la création d’emplois et en accélérant la transition vers une croissance écologique.

Dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20), l’UIT a appelé à définir des cibles concrètes et à établir une feuille de route précise pour inscrire l’emploi des TIC dans des stratégies de développement durable, et pour mobiliser les ressources financières et humaines nécessaires pour mettre en œuvre des stratégies en matière de TIC visant à instaurer des sociétés plus écologiques et plus résilientes.

En résumé

La révolution des technologies de l’information est en train de bouleverser les secteurs industriels actuels et d’en faire apparaître de nouveaux.

Le secteur privé, des fondations, des organisations à but non lucratif et les pouvoirs publics mettent des ressources très diverses à la disposition des jeunes pour les aider à trouver un emploi ou à lancer leur entreprise.

Les pouvoirs publics peuvent améliorer la capacité des jeunes de trouver un emploi et de créer leur entreprise en intégrant les TIC dans l’éducation, en favorisant les CLOM, les laboratoires communautaires, les concours et d’autres méthodes non officielles d’apprentissage, et en soutenant les nouvelles méthodes de certification. Ils peuvent aussi encourager le dialogue avec le secteur privé pour surmonter les difficultés liées à l’emploi des jeunes.

L’Europe, par exemple, a proposé une initiative régionale intitulée «Esprit d’entreprise, innovation et jeunesse» qui doit être examinée à la Conférence mondiale de développement des télécommunications de Dubaï. Si elle est adoptée, elle sera mise en œuvre entre 2015 et 2018. En instaurant des conditions propices et en renforçant les capacités au niveau régional, cette initiative a pour but de favoriser l’esprit d’entreprise et de stimuler l’innovation dans l’écosystème des TIC, tout en encourageant l’autonomisation des jeunes.

L’objectif de ce rapport de l’UIT est de sensibiliser davantage le public à ces nouvelles tendances, de partager des ressources pour répondre aux besoins des jeunes et d’aider les pouvoirs publics à mettre en œuvre des stratégies en faveur de l’emploi des jeunes et de l’esprit d’entreprise.


 

 

Attribuer des fréquences pour un monde qui change

Conférence mondiale des radiocommunications de 2015

Dans ce numéro
No.5 Septembre | Octobre 2015

Audiences avec le Secrétaire général:

Visites officielles

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